Mémorial des républicains espagnols : no pasaran ?

Une chose est sûre à Bacalan : tout le monde est d’accord pour rendre hommage aux républicains espagnols réfugiés en Gironde pendant la seconde guerre mondiale. Mais l’entente cordiale s’arrête là. Pour le reste, on se déchire allègrement sur qui fait quoi et comment.

Antonio Cordoba défend un projet de mémorial à trois colonnes dont la plus haute mesurerait 5 mètres.

Antonio Cordoba défend un projet de mémorial à trois colonnes, dont la plus haute mesurerait 5 mètres. Photo MM

Deux associations s’opposent dans cette affaire qui secoue la communauté ibérique. La première, simplement nommée « Association pour le mémorial pour les républicains espagnols », est présidée par Antonio Cordoba. La seconde, l’association de « Défense des intérêts de Bacalan », est dirigée par Luis Diez.

Le clan Cordoba envisage l’érection d’un monument commémoratif imposant, qui serait construit tout près de la base sous-marine. Dessinée par l’architecte Hélène Baguet-Santorelli, cette stèle de 5 mètres de haut serait composée d’une pyramide tronquée et de trois piliers. Or Luis Diez reproche à ce projet d’être « beaucoup trop teinté de religiosité. Avec ses trois piliers qui rappellent la sainte trinité, cela revient à demander pardon, un pardon pour aller au paradis. »

De son côté, il a imaginé un bas-relief. Conçue par l’artiste Régis Pedros et accolée à la base sous-marine, l’oeuvre représentera un ouvrier surgissant d’un mur.

Entre les deux camps, pas question de compromis. « Avec Luis, on a toujours eu des disputes , raconte Antonio Cordoba. Il m’a traité de pitre et de laquais de l’Eglise. Il a même téléphoné à notre architecte pour qu’elle abandonne le projet. » Luis Diez confirme, l’air malicieux : « Je me suis frotté avec Cordoba trois ou quatre fois. Si on avait vingt ans de moins, on se mettrait une branlée et ce serait fini. »

Affrontement de deux personnalités

Les deux compères ne se chamaillent pas que sur la question du monument. L’objet même de l’hommage pose problème : s’agit-il des 3000 républicains espagnols émigrés en Gironde, des 70 qui auraient péri dans la base sous marine lors de sa construction, ou tout simplement de toutes les victimes de la barbarie? En réalité ce sont deux égos qui se heurtent.

Rififi politique

La lutte pour le monument commémoratif passe, bien évidemment, par la mairie de Bordeaux au sein de laquelle chacune des associations a ses appuis. Depuis le début, Diez et Cordoba activent leurs réseaux, politiques, associatifs, voire familiaux. Libertaire d’héritage communiste, Luis Diez a consacré sa vie à Bacalan. « Toujours dans l’associatif, je n’aurais jamais pu faire de politique ». Chez les Diez, c’est madame qui s’en charge.  Conseillère municipale PS depuis 2001, elle s’oppose régulièrement à la majorité, en particulier sur la question du pont Bacalan-Bastide.  Quant à Cordoba, après une enfance dans les champs d’Andalousie, puis une vie de militant syndicaliste à Blanquefort, il est devenu historien sur le tard. Il a publié plusieurs ouvrages sur les républicains.

Après avoir tergiversé, la mairie soutient finalement le projet de l’Association pour le monument. Cordoba a  rencontré Juppé : « C’est là que tout s’est joué. J’étais avec l’architecte et nous avons présenté le plan. Il a été très bien accueilli. » Tellement bien accueilli qu’on leur a accordé un permis de construire. D’après Luis Diez, qui avait auparavant obtenu une plaque à la mémoire des Bacalanais, « la mairie soutient le projet de Cordoba pour m’emmerder moi. En politique, je dérange. » Il ajoute, mystérieux: « Juppé m’appelle le terroriste. » Du devoir de mémoire au règlement de compte, en politique il n’y a qu’un pas.

Un monument verra-t-il enfin le jour ?

Il reste cependant quelques menus détails à régler : « L’autorisation du port de Bordeaux, celle de la Marine Nationale et l’argent », sourit Luis Diez. Pour trouver les 50 000 euros nécessaires à la construction, Cordoba espère pouvoir bénéficier de la loi espagnole d’aide pour les victimes du franquisme et du fascisme. Quant aux autorisations, il espère les obtenir rapidement.

Luis Diez est président de lAssociation de défense des intérêts de Bacalan.

Luis Diez est président de l'Association de défense des intérêts de Bacalan. Photo PSR

Luis Diez n’a pas dit son dernier mot. Il a dégainé une contre-proposition. Qui ne coûterait qu’un tiers du prix avancé par son vieil adversaire.

«Cordoba a deux problèmes: le premier, c’est le budget, le deuxième c’est moi. « no pasaran », tant que je suis là, tu ne fais pas.» Sans aigreur, il lâche: « Enfin, c’est très espagnol tout ça! » Gageons que la première pierre n’est pas près d’être posée…

Marie MORIN et Pauline de SAINT REMY

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Un commentaire to “Mémorial des républicains espagnols : no pasaran ?”

  • Pierre Breteau a écrit:

    Ça serait juste pour pinailler, les républicains espagnols sont arrivés en France en avril/mai 1939. Sinon je peux aussi me taire.