Ma petite entreprise

 

Loin du stéréotype de l’héritier incompétent, du contremaître parvenu, ou du self made man trop heureux de sa réussite, le petit patron dort mal, et se tord les boyaux à l’idée de licencier. Il se tue à la tâche, sacrifie sa vie de famille en passant son week-end au bureau. Capitaliste sans le savoir, le petit patron parle sans cesse de la valeur du travail et pense mériter ce qui lui arrive. Rencontre avec trois d’entre eux.

Pascal Samarcelli, 22 ans de patronat
Pascal Samarcelli, 22 ans de patronat.

 Pascal Samarcelli a la trouille. La trouille de voir son entreprise couler. La trouille de prendre la mauvaise décision. Pascal Samarcelli est un petit patron. Son imprimerie fait partie des 200 entreprises des bassins à flot. 85% d’entre elles sont des TPE ou Très Petites Entreprises qui font travailler moins de 20 salariés.

Angoisses et investissements

Cours Edouard Vaillant, le bureau de Pascal Samarcelli donne sur l’atelier. Le bruit des imprimantes traverse les vitres. Ses portes sont grand ouvertes. Des piles de dossiers jonchent le bureau. Les employés peuvent y entrer comme dans un moulin. Seuls les fauteuils en cuir et la pointe d’accent corse pourraient rentrer dans le cliché de l’employeur fantasmé. 22 ans qu’il a pris la tête de l’imprimerie après la mort de son père. L’affaire existe depuis les années 1940.

« La peur est toujours là. C’est celle de déposer le bilan. Ce sont les banques qui ont le vrai pouvoir. Je ne peux rien faire sans leur accord. » Pascal Samarcelli adore parler investissements. Prendre des décisions, c’est le premier rôle du patron. « J’ai acheté des imprimantes censées être révolutionnaires dans les années 1980. On y mettait du papier en éventail avec des petits trous sur les côtés. Elles n’ont jamais servi. Je me suis aperçu que c’était un effet de mode. J’y ai laissé plusieurs milliers de francs. » Le petit patron doit voir à long terme. « Je pourrais faire le beau, avoir une Ferrari et flamber sur les quais de Bordeaux. » En guise de grosse cylindrée, il s’est acheté une nouvelle imprimante quatre couleurs laser. « Ça c’était un beau coup. »

 Hommes-orchestre

 De son côté, Arnaud Champeil est un entrepreneur né. Il crée sa première entreprise de bois à 25 ans. Aujourd’hui, il en a 32 et s’est installé rue de Gironde. Son bureau au décor désuet fait penser à un lieu de passage. Il a lui aussi des dossiers éparpillés. Le téléphone portable n’arrête pas de sonner. Il reçoit les visiteurs entre deux emails. Equipe jeune, nombre d’employés réduit : AC Bois se porte bien. 

Arnaud Champeil, 7 ans de patronat
Arnaud Champeil, 7 ans de patronat.

 Le petit patron doit savoir tout faire. Manutention, rencontres avec les clients, conflits sociaux, maintenance de l’équipement, c’est un homme-orchestre. Au début seul, sans employé, il devait charger les cargaisons de bois dans les camions tout en démarchant de nouveaux clients. Cette polyvalence, les petits patrons en sont fiers. En plus de prendre de grandes décisions, ils doivent résoudre les petits maux quotidiens de leurs entreprises.

Pascal Samarcelli a aussi cette capacité de touche-à-tout. « Le monde de l’imprimerie je ne connaissais pas en arrivant. J’ai du tout apprendre : lancer une impression, savoir mélanger les couleurs, déjeuner avec un gros client, faire la livraison moi-même. »

 Une âme de patron

Arnaud Champeil s’estime chanceux dans un contexte difficile. Il n’a pas à licencier. Un patron avec des états d’âmes ? « Personne n’est syndiqué dans la boîte. Moi non plus je ne le suis pas. » Quand il y a un problème, il assure les régler en face-à-face avec les employés. Les 35 heures pour les salariés, à la rigueur. Pour lui c’est hors de question.

Franck Tison, huit ans de patronnat.
Franck Tison, huit ans de patronnat.

 Franck Tison est le directeur d’Air Océan. Blouse grise pleine de poussière, il aime se dire patron. C’est avec une fierté à peine cachée qu’il vante ses mérites de travailleur acharné. 50 heures par semaine et 2500 euros net, le petit patron touche à peine le Smic horaire.

Son entreprise a un statut associatif. « J’aurais pu créer une société anonyme. » Envie d’aider et peut-être de capitaliser autrement : Franck Tison a monté cet organisme de formation sur les matières composites. « Il y a aussi une valeur sociale dans cette boîte. » Il forme des anciens employés au chômage ou dispense des cours de perfectionnement pour des personnes déjà employées.

Dans son bureau aux odeurs de bois, Arnaud Champeil confie adorer les situations difficiles, avoir peur, prendre des risques. « Je ne suis pas patron uniquement pour l’argent, sinon j’aurais arrêté depuis longtemps. Il faut aimer les emmerdes pour faire ce boulot. »

Benoît RENAUDIN

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Un commentaire to “Ma petite entreprise”

  • Dominique SAUBOT-CHEVET a écrit:

    On peut se sentir parfois découragé de voir que malgré nos efforts et nos bonnes intentions, on a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que nous nous sentions mieux. On a encore beaucoup de chemin à parcourir pour être bien dans notre peau nous les chefs d’entreprise…Mais ce long voyage commence par le premier pas. Il n’importe pas tant de savoir combien de chemin il reste à parcourir que de savoir que l’on avance vers notre but malgré tout !
    Il faut avancé et poursuivre sur le chemin du bonheur et de la sérénité et malgré les embûches et les contretemps, félicitez-vous d’avoir suivi ce trajet ! Ne vous laissez pas décourager, soyez plein d’optimisme, d’enthousiasme et de dynamisme……Bonne année 2010 ! DSC.