Consternante concertation

La concertation est une procédure légale et obligatoire dans le cadre d’une opération d’aménagement urbain. Elle doit normalement associer la population à l’élaboration du projet d’urbanisme. Celui de la ZAC -devenu PAE- des bassins à flot ne fait pas exception… à quelques détails près.

Les habitants des Bassins à flot sinterroge sur lavenir de leur quartier et nont pas limpression que leur avis compte dans le futur plan daménagement concerté (PAE) Photo: Fabien Paillot

Les habitants des Bassins à flot s'interrogent sur l'avenir de leur quartier et n'ont pas l'impression que leur avis compte dans le futur plan d'aménagement concerté (PAE) Photo: Fabien Paillot

En décembre 2008, un nouveau projet d’aménagement est engagé sur le quartier des bassins à flot. Un programme d’aménagement d’ensemble, ou PAE, qui nécessite, dans sa phase préparatoire, de demander son avis à la population. Avant de se lancer dans les grands travaux, la mairie de Bordeaux a donc mis en place des « phases » de concertation.

La première a lieu le 9 décembre 2008, à Cap Sciences. Une deuxième suit en juillet. La mairie ratisse large en conviant des habitants du nord des Chartrons jusqu’à Bacalan. Pourtant, seulement 700 invitations sont envoyées, « en se basant sur les registres des conseils de quartier, des associations ou des entreprises », comme l’explique Stéphane Caze, en charge du dossier « concertation » à la Direction Générale de l’Aménagement de la mairie. Les quelques dix mille habitants de Bacalan sud, bassins à flot, et Chartrons nord¹ qui ne figurent sur ces listings ne seront donc pas invités. Au final, environ 150 personnes se sont déplacées aux réunions. « Un bon score », juge Stéphane Caze.

Des habitants mal informés

Quand on se promène aujourd’hui dans le quartier, on constate que la plupart des habitants ne sont pas au courant de ce qui se passe. Les termes « concertation », ZAC et PAE n’évoquent rien à personne. A la mairie de quartier, quelques documents sont à la disposition des habitants. Rien là-dedans ne concerne le futur projet d’aménagement des bassins. Exception faite d’un « plan du secteur » daté du 13 novembre 2008.

A la suite des deux premières réunions de concertation, un livret d’information a pourtant été établi. Pour le consulter, direction la mairie de Bordeaux ou les bureaux de la CUB dans le centre-ville, à une dizaine de stations de tram. Un site Internet a bien été créé (concertation.lacub.com), mais il faut être un magicien des moteurs de recherche pour le dénicher. Aucun lien ne l’indique sur les sites de la mairie et de la CUB. Quand on finit par tomber dessus, il s’affiche mal une fois sur deux.

Futur quartier bobo

Les habitants des bassins à flot ont pourtant des choses à dire sur leur quartier, ou des questions à poser. Sur les trottoirs défoncés, les routes non sécurisées, le devenir des friches. « Ils auraient pu mettre en place un système d’affichage public, ou faire passer les informations par les commerces », se plaint Sylvain Lacoste, un habitant de la rue Blanqui. Plus loin, Sophie Olivier, une retraitée de 70 ans, explique ne pas comprendre pourquoi ils n’ont pas prévenu tous les habitants du secteur. « Ce n’était quand même pas très compliqué de faire passer un avis par le facteur! Je veux bien qu’on soit un futur quartier bobo, mais pour l’instant on est surtout le quartier oublié ! » constate-t-elle.

Sophie Olivier habite le quartier depuis 15 ans. Elle surfe sur Internet, lit Sud Ouest tous les jours. La prochaine réunion de concertation aura lieu le 30 novembre prochain. Elle n’était pas au courant.

L’arbre qui cache la forêt

Philippe Dorthe, le Conseiller général du canton, va même plus loin. « C’est une concertation un peu curieuse. Les gens de Bacalan y sont conviés alors qu’ils n’habiteront jamais dans la zone », explique-t-il. « Pour la municipalité, c’est pratique. Ça leur permet de dire : « Regardez comme nous sommes démocrates, nous nous concertons avec les Bacalanais », plaisante-t-il. « Et pendant qu’on vous occupe avec ça, on donne des permis de construire en veux-tu en voilà, à la limite de la légalité sur le vieux Bacalan. » A la mairie, Stéphane Caze répond que toutes les nouvelles constructions suivent le plan local d’urbanisme, ou PLU. Au cas par cas, les promoteurs sont incités à consulter la population. « Mais la plupart du temps, les permis de construire sont déjà accordés », rétorque Philippe Dorthe. « Faux », conclue Stéphane Caze, qui assure que les habitants bénéficient d’un délai de recours face aux promoteurs. A voir.

Démagogie

Que se passe-t-il dans ces fameuses réunions de concertation? « Ah ben c’est super sympa ! », plaisante Philippe Dorthe « Des tables rondes avec une mise en scène extraordinaire, des projections de films sur ce qui se fait ailleurs, et caetera. A un moment, on nous a donné des petits papiers. On a dû écrire ce que signifiait pour nous le mot « quartier ». On se serait cru à l’école maternelle. » Le Conseiller général enfonce le clou. « On n’est ni urbaniste ni architecte, comment voulez-vous qu’on donne notre avis sur quelque chose qui n’existe pas? » Pour l’instant, rien de concret n’est présenté aux habitants. Du côté de la Direction de l’Aménagement, à la mairie, on ne s’offusque pas. « On demande aux gens qui vivent dans le quartier de donner leur avis sur l’espace public ou le patrimoine », explique Stéphane Caze, mi-figue, mi-raisin. « Evidemment on ne leur demande pas de dessiner des plans! Mais c’est le principe de la concertation. Tout est transparent. »

Le 30 novembre, est prévu un « parcours en bus commenté du site de projet des bassins à flot » (sic). Suivi d’une réunion de concertation au cours de laquelle l’urbaniste Nicolas Michelin présentera les premiers éléments de son projet. Les habitants peuvent s’inscrire par téléphone. « Pour l’instant, on n’a pas beaucoup de réponses, mais les gens se décident souvent au dernier moment », rassure Stéphane Caze. S’ils sont mis au courant.

NB: pour faire un tour de bus gratuit et s’exprimer librement sur des petits papiers fournis par la mairie, prendre contact avec Caroline François-Jeanne, au 05 24 57 16 83 ou par mail c.francois-jeanne@mairie-bordeaux.fr

Elise ROULLET RENOLEAU

¹chiffres calculés à partir des données démographiques de l’INSEE

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