Utopies architecturales

Projet de réaménagement, réhabilitation de hangars abandonnés, le site des Bassins à flot inspire. En 2004, les étudiants de l’école d’architecture de Bordeaux, encadrés par l’architecte bordelais, Olivier Brochet, ont imaginé à leur façon, différents projets pour faire revivre le quartier.

« Avant notre arrivée dans le quartier, se rappelle Olivier Brochet, installé aux Bassins à flot, il n’y avait que des putes et des ferrailleurs. »

Les activités portuaires en repli, les industries qui plient bagages, et une population qui déserte les lieux, le quartier connaît depuis la moitié du XXe siècle une descente aux enfers. Restent des entrepôts désaffectés, de vieux silos, des hangars abandonnés et une base navale qui a perdu sa fonction militaire. Un vide. Et un charme, « une poésie du lieu » comme le déclare Olivier Brochet.

En 2000, avec ses deux associés, Christine Pueyo et Emmanuel Lajus, ils entreprennent la réhabilitation d’un entrepôt de la zone portuaire pour y installer des bureaux et leur cabinet. Le G2 est né.

« On a été les moteurs d’un renouvellement du quartier », clame fièrement l’architecte. Depuis quelques années, ce territoire « rejeté des Bordelais » comme l’affirme le site de la mairie de Bordeaux, est au cœur des projets des collectivités locales. Une idée fixe : redonner vie à ce quartier.

En 2004, dans le cadre de l’événement architectural, Agora, les étudiants de l’école d’architecture, dirigés par Olivier Brochet, ont voulu eux aussi laissé place à leur imaginaire. Comment redonner vie à ce lieu ? Sélection de trois réflexions.

Un quartier vertical
Un « quartier vertical »

« Une tour entre deux eaux » de Pierre Tanguy. Depuis quelques décennies, les villes s’étalent, le tissu urbain s’allonge. Pourquoi ne pas construire vers le haut ? Pierre propose dans son projet de créer sur l’îlot Lesieur une tour, ou un « quartier vertical » comme il l’appelle. « L’îlot Lesieur est un endroit stratégique » explique-t-il. Entre les quais et les parcs des berges, l’îlot est aussi à proximité du tramway, de la route, et des écluses. Il est un véritable lieu de passage.  « Sa transformation en place urbaine dégagera tout son potentiel. Investi par une tour, il signalera un point fort dans la ville. » Et redonnerait au quartier une nouvelle identité économique. Exit l’industrie Lesieur, place à une tour occupée par des logements à 34%, des bureaux (20%), des équipements pour la petite enfance, et des locaux du FRAC.

Une porte habitée à lentrée des bassins et du futur pôle maritime.
Une « porte habitée » à l’entrée des bassins et du futur pôle maritime.

Transformer les bassins à flot en pôle maritime, pour Sébastien Desmoulière. Aujourd’hui l’activité portuaire tourne au ralenti. Le Port autonome a une activité réduite, abandonnant la construction et la réparation navales. La vie provient surtout des plaisanciers. Sébastien a pour ambition de construire une marina et de créer autour des bassins un « domaine de dépaysement, une atmosphère de bord de mer, presque surréaliste dans la cité pour le promeneur. » Pour créer cet espace à part et le couper du reste du quartier, Sébastien propose de ceinturer la zone par l’implantation d’activités commerciales. Au milieu : les bassins, une capitainerie, un poste de ravitaillement en carburant, et un office du tourisme. Dans le bassin n°1, les bateaux en escale et en hivernage à flot. Dans le bassin n°2, les embarcations nécessitant une mise à sec pour réparation.

Un auditorium pharaonique pour faire revenir les déserteurs.
Un auditorium pharaonique pour faire revenir les déserteurs.

Un auditorium sur une friche industrielle, pour Sébastien Labarre. « Le but est de rendre poreux par divers moyens le site des Bassins à flot qui apparaît aujourd’hui comme une barrière infranchissable vers le quartier de Bacalan ». Solution : édifier un auditorium qui donnerait une dynamique culturelle au quartier. Logé à l’angle du bassin n°2 et de l’ancien pont Pertuis, l’auditorium «  a aussi  une dimension sociale en recréant des espaces voués au public qui depuis la fin de l’activité portuaire a déserté les lieux. » Le projet est pharaonique. Il s’installe sur 31 900 m2, s’élève à plus de vingt mètres, et accueillerait entre 1 500 et 1 600 auditeurs. Il n’en faut pas moins pour faire revenir les déserteurs.

« Ce quartier laisse beaucoup de possibilités », juge Olivier Brochet. « Il faut partir de la nature fractionnée, polymorphe de ce lieu. Il y a beaucoup de choses différentes d’une parcelle à une autre. La base navale est très différente des silos. » Autrement dit tout est possible.

Lucile CHEVALIER, Laurenne JANNOT, Clémence PIERRE

Le site internet du cabinet Brochet Pueyo Lajus : http://www.brochet-lajus-pueyo.fr/

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