Michelin l’increvable

Nicolas Michelin, architecte et urbaniste parisien, a remporté le concours pour la rénovation urbaine des bassins à flot. Retour sur son ascension bordelaise.

 On retrouve le nom de Nicolas Michelin un peu partout sur les projets architecturaux bordelais. L’îlot Armagnac, c’est lui. Un des ensembles de bureaux de la rue Achard, c’est lui aussi. Le projet Nexity, rue des Etrangers, c’est encore lui. Jusqu’au projet global d’orientation urbaine du quartier, gagné le 26 juin 2009.

Un seul candidat pour un concours

Nicolas Michelin et son équipe ont remporté le marché de l’énorme opération bassins à flot après un appel d’offres lancé par la Communauté Urbaine. Et pour cause. « La commission d’appels d’offres a agréé l’unique offre remise », selon l’extrait du registre des délibérations de la Communauté Urbaine du 26 juin dernier.

Selon un collaborateur d’Antoine Grumbach, l’ancien architecte en charge du projet, le cahier des charges « aurait été écrit sur mesure pour garantir l’attribution » du concours à Michelin. Autre explication : aucun urbaniste ne s’est proposé, sachant que Nicolas Michelin était déjà impliqué auprès d’au moins un promoteur privé sur la zone (Nexity rue des étrangers). « Il y a peu de cabinets en France capables de répondre à un tel appel d’offres. Lorsqu’on sait qu’un architecte est déjà implanté dans une ville, on s’abstient de se présenter », explique Michel Duchène, vice-président de la CUB et chargé des grands projets urbains. « Michelin étant sur le coup avant tous les autres, plus personne ne voulait jouer au contremaître », résume un architecte bordelais qui préfère garder l’anonymat.

Michelin, une personnalité complexe

Le directeur de l’école d’architecture de Versailles est une figure de la profession. Spécialiste des aménagements sobres, soucieux de préserver les sites dans leur esprit d’origine, il est de ces architectes qui transforment plus qu’ils ne bâtissent. Plus Chemetoff et Bouchain que Nouvel. Plus recyclage et interventions subtiles que grand Barnum qui se pousse du col. « On reconnaît d’un seul coup d’œil un bâtiment dessiné par Nouvel, ou Portzamparc. Pour Michelin, c’est plus subtil. C’est d’ailleurs sa volonté que de s’adapter au lieu où il agit », confie Bertrand Escolin, du Moniteur, la bible de la presse professionnelle. Végétalien, Michelin est l’auteur du Centre de l’Eau, à Rouen, qui invente un système de climatisation en douceur et en beauté. Le quartier Grand Large, à Dunkerque, où l’on a remplacé les friches industrielles du centre-ville par des toits pointus, typiques de la région, s’insère parfaitement dans le tissu urbain existant. « Il fait avec ce qui existe. Il n’est pas de l’école française d’avant, où on l’on faisait table rase du passé », explique Michèle Larüe-Charlus, directrice de l’Aménagement et de l’Urbanisme à la mairie de Bordeaux. Contacté à plusieurs reprises, Nicolas Michelin n’a pour l’instant pas répondu à nos questions.

La rencontre Michelin-Bordeaux

« Si Nicolas Michelin est venu à Bordeaux, c’est parce qu’il est fou amoureux des bassins à flot. », raconte Michèle Larüe-Charlus. Diable !

Tout commence en février 2007, quand il rencontre Alain Juppé, lors d’une conférence à Arc-en-rêve, centre associatif sur l’architecture contemporaine. Juppé et Michelin échangent autour de l’architecture. Un thème cher au maire, qui s’est lancé à bras-le-corps dans la rénovation de la ville depuis son premier mandat. L’édile et l’architecte ne se quitteront plus. En 2008, Michelin endosse le costume de directeur d’Agora, événement biennal bordelais centré sur l’urbanisme. La tâche lui est confiée par la mairie. Le PAE Bassins à flot est dans la droite ligne de cette relation de confiance.

« Alain Juppé est très content que Nicolas Michelin ait été nommé pour ce quartier », estime Alain Ferrasse, directeur général de Nexity Sud-ouest, un des opérateurs qui vont se partager le gâteau. Pourquoi une telle entente entre Alain Juppé, maire de droite et Nicolas Michelin, plutôt positionné à gauche ? « L’idée de faire de l’urbanisme autrement peut-être, estime Michèle Larüe-Charlus. Et ça nous aide, il fait preuve d’une générosité qui va très au-delà de la mission qui lui a été confiée. » Et Michel Duchène de renchérir : « On devrait arrêter de faire du nouveau riche, avec des pavés partout, des réalisations trop léchées et surtout très coûteuses, déconnectées de l’identité locale. On va essayer de maintenir le caractère des lieux. A Amsterdam par exemple, l’herbe pousse dans les rues. Les aménagements sont parfois un peu usés. Et alors ? Ca fait la ville, l’histoire, l’identité ». Espérons que ça fera, en tout cas, celle des bassins à flot.

Lucile CHEVALIER, Laurenne JANNOT et Clémence PIERRE

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