Juppé en a ras le pontpont !

Comment vivra-t-on avec le pont de Bacalan dans cinq ou dix ans ? Deuxième volet d’une série purement fictionnelle, librement inspirée des débats et des polémiques qui accompagnent sa construction. Nous sommes en 2014, deux ans à peine après sa mise en service.

Le pont Bacalan-Bastide devrait se lever XXX fois par an, pour laisser passer les navires de croisière, militaires et les vieux gréements.

Il est beau, il est plébiscité, il remplit ses fonctions. Mais le pont Bacalan-Bastide s'avère être une « planche pourrie ». Photo : Ville de Bordeaux

Océanographia, la première édition de la « fête des Fleuves et des Océans », fut une vraie réussite. Tout le monde se congratule et félicite Alain Juppé. Sa femme, son cabinet, la municipalité, un nombre impressionnant de Bordelais chavirés de bonheur. Il n’empêche.

La fréquentation a explosé toutes les prévisions. Sept jours de fiesta sous un soleil radieux. Deux millions de visiteurs venus admirer 70 vieux gréements. Des quais noirs de monde. Une rive droite pleine à craquer comme jamais. Un pont Bacalan-Bastide entièrement rendu aux piétons, le dimanche. Le MondoVino de la talentueuse architecte Zaha Hadid, récemment inauguré, resplendissant sur les bassins à flot.  Il n’empêche.

La Chambre de commerce et d’industrie s’échine déjà à chiffrer les retombées économiques de l’évènement. L’Express vient de classer Bordeaux première des « Villes européennes d’avenir ». Pour Le Point, elle est LA « Ville où il fait bon vivre » pour la troisième année consécutive. Il n’empêche.

La fête n’a pas été parfaite. Alain Juppé est soucieux. Le pont BB commence à poser problèmes.

Certes, les Bordelais continuent à plébisciter l’ouvrage, sondage après sondage.

Certes, les syndicats respectent le pacte secret conclu depuis deux ans. Pas un navire de croisière bloqué depuis la première – et dernière – grève du « pont » du 1er mai 2012. Pour parer à toutes éventualités lors d’Océanographia, le GIPN a toutefois passé une semaine au 4* Seekoo Hôtel, quai de Bacalan, aux frais du contribuable bordelais.

Mais les nuages s’accrochent, de plus en plus noirs et menaçants, aux piles du pont BB.

Océanographia a révélé que le pont BB est, parfois, trop petit. le Royal Clipper, le plus grand voilier naviguant au monde, et le Sedov, le navire-école  de l’université de Mourmansk, sont restés amarrés à Bassens, pour cause de mâts trop hauts… Pas mal pour un pont champion d’Europe ! L’affront a vite été lavé par les communicants : « La rive droite et le Grand Bordeaux sont aussi à la fête ».

Les pilotes du Port autonome menacent de rompre leur silence via le journal Sud Ouest. Comme prévu, les manœuvres sont dangereuses par vent de plus de 20 nœuds. Très dangereuses. Une dangerosité invisible de l’extérieur, ni ressentie par les passagers. Dur de tenir la barre et de tenir sa langue plus longtemps.

Le tablier central du pont a servi de gigantesque tribune aux collectifs anti-esclavagistes « Toussaint Louverture »  et « La Société des amis des Noirs ». Toutes les télévisions se sont gavées des images du Bordeaux maritime et des banderoles proclamant : « A la mémoire des 150 000 nègres déportés par les 500 navires bordelais », « Rue Baour, rue Gradis, rue Bonafé… Juppé, débaptise les rues de la traite négrière ! », « Un seul député noir à l’Assemblée nationale pour 150 000 nègres embarqués ».

Francesco Bandarin, directeur du comité du patrimoine mondial de l’Unesco, vient de se fendre d’un courrier menaçant : « L’accueil des navires de croisière a atteint un seuil critique. Les soixante-dix bateaux de croisière, qui se sont amarrés au port de Lune l’année dernière,  constituent des impacts visuels qui portent atteinte, de manière inadmissible et insupportable, à la valeur universelle exceptionnelle de Bordeaux ». Les bruits de couloir confirment que le retrait du label Unesco est acquis.

The last but not the least : les mécanismes de levage du pont s’usent excessivement vite du fait d’une malfaçon. A tel point qu’un changement est à prévoir dans les deux années à venir. Coût de l’opération : 50 millions d’euros, soit un tiers de l’investissement initial. Durée des travaux : trois mois minimum.

Alain Juppé est, paraît-il, d’une humeur de dogue.

Benoît MARTIN

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