Vers un port « propre et sympa »

Port d’hivernage ? Port de plaisance ? Marina ? Personne ne sait ce que deviendra le port mais tout le monde en parle. 

« Ici, on s’arrange à la démerde. » A l’instar de nombreux habitants du port, Jean-François Deffarges a dû traiter directement avec EDF pour installer des compteurs. Mais comme il n’y en a pas assez pour tout le monde, les plaisanciers se les partagent. Sur leur ponton, Jean-François et ses voisins se sont occupés eux-mêmes de l’installation des fils électriques. Idem pour l’eau : si le port a installé l’année dernière des fosses à eau, les plaisanciers attendent toujours les compteurs qui vont avec. Du coup, soit ils ne la payent pas, soit ils la prennent ailleurs. La raison à ce quotidien de la débrouille ? Le statut flou du site des bassins à flot.

 

Actuellement, le port compte 170 places. Peut-être plus avec larrivée de nouveaux pontons.

Actuellement, le port compte 170 places sur l'eau. Peut-être plus avec l'arrivée de nouveaux pontons.

Officiellement, il s’agit d’un port d’hivernage où les bateaux sont stockés pour une période déterminée, afin d’y effectuer des réparations ou de patienter entre deux navigations. Dans la réalité, « il existe une certaine tolérance du port vis-à-vis de ceux qui vivent à bord, et qui n’en ont pas le droit normalement », explique Pascal Riou, responsable des bassins à flot au Port de Bordeaux. Pourtant, les équipements de base se font toujours attendre. « Les projets, ça fait des années qu’on en entend parler, et qu’on ne voit rien arriver », déclare, blasé, Jacques Sirat, propriétaire du Prestillou 2.

Premiers équipements en 2010

Or les projets, ce n’est pas ce qui manque : pontons équipés en eau et en électricité, systèmes de récupération des eaux usées et aire de carénage pour éviter que les déchets dus aux réparations de bateaux polluent. Sans oublier les sanitaires, qui devraient voir le jour dans l’ancien transformateur EDF, situé à côté du restaurant l’Huître à flot. Le tout livré « fin 2010-début 2011 », garantit Dominique Bichon, responsable de la gestion immobilière au Port de Bordeaux. L’objectif : mettre le bassin n°2 en conformité avec les exigences d’un port de plaisance.

« Je pense que ce site mérite d’avoir des structures adéquates, déclare Pascal Riou. Pourquoi pas avoir une jolie Marina, bien aménagée, sans forcément accueillir des yachts de luxe, un port très sympathique avec des bancs et des arbres ? Bref, que ce soit propre. » « Mais d’abord, c’est quoi une Marina ? » interpelle Dominique Bichon. Personne ne s’accorde sur le futur visage du port. Seule assurance : ce dernier va changer. D’autant que ces réaménagements s’inscrivent dans le projet urbain développé par la Cub et la mairie pour le quartier.

 

Cet ancien transformateur EDF devrait accueillir les sanitaires, lannée prochaine.

Cet ancien transformateur EDF devrait accueillir les sanitaires, l'année prochaine. Photos NG

Ce qui va changer

Le bassin n°1 conserverait ses péniches d’habitation et bar-restaurant. Les cales sèches seraient réhabilitées pour l’entretien et la réparation de gros bateaux. Autour, les hangars changeraient de physionomie. L’idée : développer le tertiaire (bureaux et commerces) tout en conservant les activités liées au nautisme. Pour cela, les hangars 27 et 29 devront être reconstruits. Au Port, on insiste : « Personne ne sera viré. » L’inquiétude se fait pourtant sentir dans certaines entreprises. « Où va-t-on aller pendant les travaux ? » se demande Thierry Bodin, gérant de Bordeaux Voiles. Chez les plaisanciers, on s’interroge aussi. Ils craignent une hausse des tarifs, aujourd’hui très accessibles*. Mais Pascal Riou espère que « même s’ils augmentent, Bordeaux restera l’un des ports les moins chers de France. »

Revaloriser sans dénaturer, c’est ce qu’affirment souhaiter les responsables du Port. « Nous tenons à conserver l’âme du site », assène Dominique Bichon. Et Pascal Riou d’ajouter : « Si on garde nos chers marins, avec leurs caractères, je pense qu’on peut en faire un lieu très sympa. Même si on entre un peu plus dans le classicisme. »

Noémie Guillotin et Julie Rasplus

* Les tarifs du port de Bordeaux sont calculés par tranche au mètre linéaire. Il faut par exemple compter 41 euros par mois pour un bateau de 7 m, environ 90 euros pour un bateau de 15 m, contre respectivement 118 et 366 euros au port d’Arcachon.

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