Les ouvriers de Lesieur racontent leur boulot

Coincée entre Cap Sciences, le bassin n°1 et le hangar G2, l’usine Lesieur, dernière trace de vie du passé industriel du quartier, emploie actuellement une centaine de salariés. Depuis 1857, le site raffinait de l’huile. Début 2009, l’activité de raffinage a été transférée à Bassens. Conséquence : un plan social menaçant 24 personnes, aujourd’hui licenciées ou reclassées. Quatre employés de Lesieur racontent leur quotidien quai Bacalan.

 

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Dany a mis 30 ans pour devenir conducteur de ligne.

 

Fier d’être le doyen, Dany sera à la retraite dans deux ans, après 40 ans chez Lesieur. En février, le site du quai Bacalan a fermé son activité « raffinage ». Dany, entré à l’usine à 18 ans, est désormais résigné : « Maintenant, Lesieur, c’est quoi ? C’est un conditionneur, c’est tout ! » Lui a connu la presse, l’extraction, la fabrication de farines pour animaux, les silos d’arachide, de colza et de tournesol, le personnel exclusivement féminin au conditionnement. Jusqu’en 1984, Dany était minotier. Il a aussi connu une époque où « on manipulait des produits pas très recommandés ». Alors, aujourd’hui, sa santé est très suivie : deux visites médicales par an, une radio tous les trois ans et un scanner tous les cinq ans.

Maintenant, à l’usine, il est essentiellement entouré de jeunes. Des jeunes, qui, selon lui, n’ont pas le même goût du travail qu’à « l’époque ». « Les drôles, ils débarquent avec un Bac pro et ils veulent tout de suite être conducteur de ligne, alors que moi, j’ai mis 30 ans pour avoir ce poste. Ils voudraient travailler moins pour gagner plus. Mais ils ne se rendent pas compte qu’ici, c’est une boîte familiale et pépère. Ça ne sera pas la même chose quand ils vont se retrouver en face. » En face, c’est le site Lesieur de Bassens. Là où devaient être envoyés les employés concernés par le plan social. Ils ont quasiment tous refusé, à cause des pertes de salaire : « J’ai un collègue, il gagnait 3400 euros net ici. A Bassens, avec le déclassement, il aurait été cariste avec 1500 euros de moins. »

 

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Cédric travaille comme électricien depuis deux ans et demi.

 

Cédric travaille comme électricien, au conditionnement dans la boîte depuis 2 ans et demi. Il entretient les machines et répare les pannes. Le jeune ouvrier a senti le vent tourner il y a un an. « Je suis rentré à Lesieur en CDI, au raffinage. Je pensais avoir trouvé un emploi stable et j’espérais faire carrière dans la société. Mais on m’a annoncé, à cette époque, que l’unité de raffinage fermerait ».

Le plan social a touché 24 salariés. « Nous ne sommes que 5 ou 6 à être restés et à avoir été reclassés. » Grâce aux départs à la retraite et aux promotions, Cédric a eu de la chance. Il a conservé son emploi et son salaire n’a pas bougé. Mais il imagine mal l’avenir de l’entreprise. Il pense qu’elle fermera d’ici 2 ou 3 ans. « Quand on voit tous les travaux entamés aux bassins à flot, le pont, le centre culturel du vin, le projet de marina, sans parler de tous les lofts de luxe et les bureaux en face qui sont prévus, le quartier va être touristique, pas ouvrier ».

 

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Dominique est chef de care depuis trois ans.

 

En 18 ans de boîte, Dominique a gravi les échelons. D’abord opérateur de conditionnement, puis ouvrier à la fabrication des bouteilles d’huile, il est, depuis trois ans, chef de care, et dirige 25 personnes au conditionnement, des ouvriers qui occupent le même poste que lui à ses débuts.

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Dominique a désormais des responsabilités. Il ne fait pas des horaires de bureau pour autant. Comme ses ouvriers, il fait les 2×8.

 

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Dominique, qui vit à Cenon, s’inquiète de l’avenir de l’usine et n’imagine pas vraiment travailler ailleurs.

  

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Grégory est cariste depuis cinq ans.

 

Grégory a 28 ans. Depuis 5 ans, il est cariste. Domicilié à Cenon, il traverse la Garonne tous les jours de la semaine. Le jeune ouvrier fait les « deux huit ». Il alterne une semaine le matin, de 5 ou 6 heures à 13h, et une autre l’après-midi, de 13h à 21 heures. « Je me suis habitué aux horaires. Une semaine sur deux, je peux emmener mes deux filles à l’école, et quand on est de l’après-midi, on ne travaille pas le vendredi. On a donc une semaine à 32 heures et une à 38. »

Il conduit un chariot et travaille avec une nouvelle forme de mise en bouteille biodégradable. Dans son équipe, la moyenne d’âge ne dépasse pas les 25 ans. « Je m’entends bien avec les autres. On va parfois boire des coups ensemble ». Le jeune cariste est aujourd’hui responsable de deux personnes. Grégory n’est pas payé plus cher, mais on a promis de l’augmenter à la fin de l’année.

Camille CHIGNAC, Céline DIAIS et Benoît RENAUDIN

Photos Benoît RENAUDIN

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