Le Garage moderne a un Juppé dans le moteur

La municipalité porte une attention soutenue et inattendue au garage moderne. Photo FP.

La municipalité porte une attention soutenue au Garage Moderne. Photo Fabien PAILLOT.

Dans les projets d’aménagement du quartier des Bassins à flot, la place de l’atelier associatif se confirme. La mairie s’engage pour la survie du Garage moderne. Mécanique du procédé.

« Il y a deux ans le projet faisait sauter le Garage moderne, explique Michèle Laruë-Charlue, la directrice générale de l’aménagement à la mairie, donc Alain Juppé est intervenu. » Aujourd’hui, l’atelier de réparation, qui sert aussi de salle d’expositions et de concerts, ne semble plus en danger. Il fait partie intégrante du premier îlot à voir le jour aux Bassins à flot.

Mais le bâtiment qui abrite l’association ne correspond pas aux normes de sécurité. Le propriétaire ne peut pas investir dans des travaux sans augmenter le loyer. Et le Garage Moderne n’a pas les moyens de payer davantage.

« Un accord entre nous »

Le vent qui souffle entre les vieilles poutres du hangar murmure une solution : et si la mairie prenait en charge les travaux de rénovation ? Sur le principe d’un bail emphytéotique, le propriétaire peut louer le bâtiment à la municipalité pour un minimum de 18 ans. Celle-ci prendrait alors la réfection à sa charge et pourrait sous-louer le local à l’association. Au prix qui lui convient. Jusqu’à présent, rien n’est signé. Ni le propriétaire, ni le Garage moderne ne souhaitent s’étendre sur le sujet. Et seule Michèle Laruë-Charlus évoque « un accord entre nous, qui ressemble à un accord financier pour savoir comment et qui peut mettre ce bâtiment aux normes. »

« Ce qu’on aime, c’est leur générosité »

Voilà esquissée la question du comment, mais alors pourquoi ? Qu’est-ce qui justifie l’intérêt de l’équipe d’Alain Juppé pour l’atelier associatif. Selon Michèle Laruë-Charlus c’est très simple : « Ce qu’on aime, c’est leur générosité. Mais plus encore, c’est qu’ils font un vrai boulot social. Ils ont un rôle à jouer mais ce n’est pas à nous de leur dire lequel. Ils le jouent très bien et ils vont continuer. Ils vont voir arriver de nouvelles personnes: des étudiants mais aussi des personnes âgées. On espère bien que cette population va alimenter le Garage moderne. » La mairie espère aussi voir débarquer une population bordelaise vers les Bassins à flots de ses rêves : « On part du principe qu’un quartier est réussi quand les gens y viennent alors qu’ils n’ y habitent pas et n’y travaillent pas. » Bien intégré dans le tissu associatif bacalanais, le Garage moderne rayonne à l’échelle bordelaise, et même nationale. Il draine aussi de plus en plus de riverains. Vincent Maurin, conseiller municipal PCF et habitant du quartier souhaite lui aussi que les activités du Garage moderne soient maintenues. Il est formel : « Si j’étais maire de Bordeaux, avec l’audience que le Garage a maintenant, évidemment que je le garderais. De là à dire qu’Alain Juppé veut faire vivre un concept socialement correct, novateur, respectueux d’une forme de culture nouvelle ? En tout cas, c’est de bonne guerre dans une ville comme Bordeaux de garder des endroits comme celui-là qui décroche de l’image bourgeoise de la ville. »

« On ne va pas perdre notre identité »

L’association, qui fêtera bientôt ses dix ans, voit l’investissement soudain de la mairie d’un oeil plutôt serein. Béatrice Aspart, co-fondatrice et co-directrice de l’association, explique qu’au Garage moderne, « on croise des populations, des âges, des origines diverses. On a déjà une activité qui semble convenir à la mairie. Je sens une équipe municipale intelligente. Il y a un soutien car ce que l’on fait correspond à la politique de la ville. » Son homologue Boufeldja Labri estime qu’aujourd’hui, l’important est de remettre le bâtiment aux normes pour accueillir le public. Il conclut fermement: « Ce qui fait le garage moderne aujourd’hui, c’est sa liberté. Le garage est apolitique mais on sait pour qui on vote. C’est un lieu militant. Il n’y a pas que la mairie dans ce projet. On ne va pas perdre notre identité. »

Caroline Huet

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