Nuit d’ivresse aux Bassins

Restaurants, bars et boîtes sont les seuls à animer le quartier à la tombée du jour. Récit d’une soirée au bord des flots.

« Ici, les habitués ont une plaque à leur nom vissée sur le comptoir », précise Dante Gasbarre, le gérant du bar à tapas Ola Ke Tal. Huit heures et demie. Les clients s’installent en groupe dans la grande salle aux couleurs de l’Espagne et du Pays Basque. Dante est satisfait. « Les gens aiment le principe des grandes tablées : les premiers installés à la table centrale se poussent pour faire de la place aux nouveaux arrivés. » Devant l’écran géant qui retransmet des corridas en boucle, les curieux goûtent à l’Espagne en grignotant des plats typiques : paëlla, axoa d’Espelette ou encore daube de taureau. Jérémy Bouli, un des serveurs, est un véritable aficionado : « Là, ce sont des miuras ; les taureaux les plus gros peuvent peser jusqu’à 600 kg ».

Au pied de la passerelle de la Dame de Shanghai. Photo Jérôme PERROT

Au pied de la passerelle de la Dame de Shanghai. Photo Jérôme PERROT

Côté bar

Quelques averses plus tard, la deuxième partie de soirée débute. Il y a deux semaines, les Bassins à flot se sont dotés d’un nouveau bar-restaurant : l’Idylle. Le jeune directeur, Cyril, n’est pas mécontent du résultat de « près d’une année de travail ». Il a voulu créer une ambiance « rétro et futuriste ». Sur les murs, du vert anis ; au sol, du goudron ; des tables en verre noir et des sièges incurvés « comme si on avait coupé des boules de bowling en deux », raconte Pauline, une cliente. De toute évidence, les jeunes cadres dynamiques amateurs de mojito peuplent ce nouvel endroit.

23 h 30. On tamise les lumières, on allume les spots et l’Idylle se transforme en boîte de nuit. Mais seuls quelques clients attablés au comptoir se risquent à quelques déhanchements en poursuivant leur conversation. De toute évidence, le DJ est le danseur le plus extraverti.

Non loin de là, au Café maritime, l’heure des réjouissances est passée et les serveurs préparent les tables pour le lendemain. Les murs boisés et les sièges en cuir incitent à la détente. Les bonnes bouteilles s’attardent sur quelques tables, certains clients optent pour des cocktails non alcoolisés, histoire d’être en forme pour le retour.

1 heure. La musique s’interrompt. Les clients sont invités à sortir. La plupart ira se coucher juste après. Un groupe plus jeune s’aventure en face, à la Dame de Shanghai.

Sur le pont

Quai Armand-Lalande. Au compte-gouttes, de petits groupes commencent à affluer.

Comparées à celles du quai de Paludate, les boîtes de nuit du coin ont d’ardents défenseurs.

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Un grand type, t-shirt fluo, suivi de sa clique, claque la bise aux videurs. « Alors, Paulo, t’étais où ? » – « La tournée des Grands ducs, les gars ! On était chez Chris, à l’Azuli, au Torito, à l’Apollo, au Milo’s Café. On est passé chez deux potes aussi. » A l’intérieur, les rythmes frétillants de la house remplacent peu à peu la playlist NRJ. Derrière un synthé entouré de papier alu flashy, un ersatz de Jack Sparrow se met à jouer de la guitare. Le DJ fait place à de suaves voix féminines : « Envie de sexe/ besoin de sexe, j’aime quand c’est bon, I was made for loving you baby ».

Les clients font des pauses cigarette à l’air frais sur le pont supérieur. 25, 30 ou 40 ans, personne ne se mélange, mais tout le monde cohabite. « Par ici, c’est vraiment pratique pour se garer », explique un couple de quarantenaires libournais. « On a dîné à l’étage avant de descendre danser. Et pour la musique… on s’adapte ! ».

Trois heures du matin. L’entrée du pont de la Dame de Shanghai ressemble maintenant à un escalator type gare Montparnasse aux heures d’affluence.

A droite sur le boulevard, Le Deck, hacienda élevée sur les flots, plus sélect, affiche une clientèle plus âgée et plus posée aussi. Tout le monde semble se connaître. Deux femmes court-vêtues de noir dansent plus que lascivement, coupe de champagne à la main. Derrière elles, Kevin, barman au Bistrot des Anges, clame son amour pour cet endroit. « C’est un lieu à part, un mélange de personnalités. Les gens sont plus ouverts ici. J’ai pu discuter avec des joueurs des Girondins, Gourcuff, Obertan, Souleymane Diawara ! ».

Quatre heures et demie : trop tard pour remonter vers l’usine Lesieur et aller au Pier 6, quartier général de la jeune bourgeoisie branchée locale. Le premier tram va bientôt entrer en gare et les fêtards vont pouvoir hurler en choeur: « Chauffeur si t’es champion appuie sur le champignon ». Ici et là, des bagarres éclatent. Les videurs unissent leurs efforts : trois bombes lacrymogène fondent sur un énergumène. « Pas le choix, il se battait avec du verre brisé ». Milany, 18 ans, dormira sur place, chez ses grands-parents. Deux potes de beuverie, solitaires et bredouilles, rentrent à pied en shootant dans les poubelles.

Cathleen BONNIN, Julie DELVALLEE et Jérôme PERROT

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3 commentaires to “Nuit d’ivresse aux Bassins”

  • Ben König a écrit:

    Les insécables, bordel, les insécables… :D

    Nan sérieux, récit agréable à lire, ça me rappelle quelques souvenirs ;)
    J’imagine les quelques tâches de mojito sur le carnet de notes…

  • Karl a écrit:

    Sympa en effet, ça aurait mérité plus de photos.

    (Je demande quand même à voir pour l’affluence de la Gare Montparnasse ^^)

  • claverie paule a écrit:

    Pas satisfaite, à la fois se voulant descriptif mais avec des connotations jugeantes, c’est pas grave de s’impliquer dés lors que l’on apporte des justifications. Et puis, j’ai mis du temps à rapprocher la dame de shangaii au quai lalande